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Métavers l’infini et au-delà – Entretien avec Eric Leguay

La crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19 est un levier d’accélération de la digitalisation. Nous assistons à la conquête d’un territoire – le métavers – aux propriétés balbutiantes mais révolutionnaires. Rencontre avec Eric Leguay, consultant expert en numérique, médias et jeux vidéo.

Métavers… une notion qui existe depuis longtemps

Contraction de « méta » et « univers », il s’agit d’un « univers parallèle augmenté » selon Eric Leguay qui insiste de prime abord que cette idée n’a rien de nouveau. Évoluer dans un monde numérique parallèle, c’est même « la base du numérique » selon lui. Lorsque Facebook devient Meta le jeudi 28 octobre, le groupe tentaculaire s’auto-proclame chef de file des recherches sur le métavers aux yeux du grand public.

Bien avant Facebook, le jeu vidéo a cependant posé les premiers pixels du métavers. Minecraft ou encore Second Life l’ont établi, depuis plus de quinze ans. Meta, orchestré par Marc Zuckerberg, a placé le métavers « sur le devant de la scène ». À noter que, comme le rappelle Eric Leguay, « la situation de Facebook n’est pas brillante, étant très critiquée, peu éthique pendant que l’Asie développe ses propres systèmes. » Pour continuer à être sur le devant de la scène, il faut se renouveler et l’acquisition des casques Oculus par Meta est, entre autres, un nouveau moyen de tendre vers l’innovation. D’autant plus que ces nouvelles technologies sont prêtes à être embrassées par « des générations de gens dont les univers parallèles ne font plus peur car ils jouent aux jeux vidéo ».

Depuis 2003, Second life offre toutes les caractéristiques d'un métavers
Depuis 2003, Second life offre toutes les caractéristiques d’un métavers

 

« On a dessiné avec beaucoup de retard ce qui avait été imaginé en 2000 et on l’a concrétisé en 2010. »

La crise sanitaire a été un accélérateur du numérique. C’est précisément parce que la majorité de la population mondiale a été confinée que nos habitudes et interactions se sont adaptées. Ce basculement contraint s’est rapidement défini comme une véritable mine d’or. « Les opportunités, ce sont les institutions qui s’en emparent très vite, le monde de l’éducation, le monde de l’entreprise, le loisir, le jeu vidéo, la culture en général », souligne Eric Leguay. On peut « assister à une exposition à l’autre bout du monde » raconte-t-il, précisant que « ce sont des projets déjà existants ». Cependant, si cela a mis du temps à se mettre en place en Occident, la réalité est toute autre en Asie. « Dans certaines sociétés asiatiques, notamment en Chine, c’est culturel, affirme-t-il. Les gens vivent déjà dans un monde parallèle ».

L’expert, qui enseigne en Chine et s’y rend régulièrement, nous explique que les Chinois « attribuent toute une mythologie au monde et sont déjà sensibles à ces accès décalés ». De plus, au Japon, la notion de vie parallèle imaginée n’est pas nouvelle. Selon Eric Leguay, « ils ne font pas de cosplay, ils sont le cosplay, ils sont le héros du jeu vidéo. »  Une perception des choses « plus lisible et naturelle que nous, européens, affreusement rationnels. », précise-t-il en souriant.

De la culture à la stratégie d’influence

De plus, les géants BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) se préparent pour concurrencer Meta. Ces quatre champions de la tech ont déjà tordu le bras aux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) : par exemple, certains mots sont interdits sur Google en Chine et certaines célébrités ont même été plongées dans un anonymat numérique. C’est notamment le cas de l’influenceuse chinoise Viya aux 110 millions d’abonnés.

Le lundi 20 décembre 2021, Viya a été épinglée pour fraude fiscale et condamnée à payer à l’Etat chinois 1,3 milliard de yuans (181 millions d’euros). Mardi 21, les principaux comptes de l’influenceuse étaient introuvables sur l’internet chinois. Son compte Taobao, propriété d’Alibaba, sur lequel Viya faisait des directs pour promovoir des produits du champion du e-commerce était inaccessible. L’internet en Chine est strictement encadré et les censeurs du pays n’hésitent pas à plonger dans l’anonymat numérique individus ou entreprises dans le collimateur du pouvoir communiste.

La Chine place donc ses propres pions sur son métavers. Baidu, surnommé le « Google chinois », a fait lundi 27 décembre ses premiers pas dans le métavers lors d’une conférence « métaverselle » en présence de son patron, Robin Li, face à un public d’avatars selon Le Monde. Baptisée « XiRang » (« Terre d’espoir »), elle permet de créer un personnage numérique (avatar) et d’interagir avec d’autres utilisateurs dans un monde en 3D. L’application, uniquement disponible en Chine, est accessible sur téléphone portable, ordinateur ou casque de réalité virtuelle.

XiRang est le métavers annoncé par Baidu, le Google chinois
XiRang est le métavers annoncé par Baidu, le Google chinois

Nouvel horizon du numérique… mais toujours les mêmes débats

« Facebook est une chimère, ce sont les utilisateurs qui ont en fait ce que c’est devenu »

Aux prémices des réseaux sociaux, les attentes et espoirs fusaient… Et « au final, on publie des vidéos de chat », rappelle avec humour Eric Leguay. « Il y a les mots techniques et les usages des gens » : certaines choses feront sûrement partie du métavers mais ne seront pas nommées ainsi par le grand public. Parce que « le mot qu’on utilise aujourd’hui n’est pas encore une réalité » rappelle avec pragmatisme Eric Leguay. Les plus jeunes générations n’ont pas eu à apprendre à conjuguer physique et digital au quotidien. Ces habitudes, générées dès le plus jeune âge, permettent aux plus jeunes de ne pas craindre la notion d’espace virtuel et de s’y lancer avec curiosité, voire enthousiasme.

Plus qu’une question d’habitude, les innovations technologiques se définissent « par l’usage qu’en font les gens et comment ils les détournent. » Le métavers : plus un jeu ? Un univers ? « C’est avant tout une forme d’ubiquité, répond Eric Leguay. Votre usage est numérisé, vous pouvez être là sans être là ». Ce qui peut nous sembler effrayant voire choquant aujourd’hui ne le sera probablement pas à l’avenir. « Il faut se mettre à la place de la première personne qui a reçu le premier coup de téléphone. Il faut imaginer le choc. Et ce qui nous choque aujourd’hui, ne nous choquera pas plus tard. » affirme l’expert.

« Les régulations, malheureusement, c’est trop tard. »

Le débat de la dangerosité des jeux vidéo a été retourné sans cesse sans que les différentes parties puissent se convaincre mutuellement. Épilepsie, idées suicidaires, violence : « les accès numériques et les réseaux sociaux vont être des accélérateurs, mais pas les créateurs » résume Eric Leguay. Le nombre de joueurs et le nombre de cas montrent qu’il y a une décorrélation. « C’est en fait un révélateur : l’usage du numérique va révéler des symptômes que l’on aurait détecté beaucoup plus tard, dont des formes d’autisme par exemple qui existaient déjà. »

"Pour comprendre le métavers, relisez Alice au pays des merveilles"
« Pour comprendre le métavers, relisez Alice au pays des merveilles »

 

Certains dangers sont cependant déjà remontés et les espaces virtuels n’échappent pas à la folie du réel. Début décembre 2021, Meta a ouvert l’accès à sa plateforme de réalité virtuelle, Horizon Worlds. Un espace où jusqu’à 20 avatars peuvent se réunir pour explorer et interagir. Selon la revue Tech du MIT (Massachusetts Institute of Technology), une testeuse de la version bêta a signalé avoir été molesté par un inconnu sur Horizon Worlds. Meta a révélé que cette utilisatrice avait publié son expérience dans le groupe de bêta-testeurs d’Horizon Worlds sur Facebook. L’examen interne de l’incident par Meta a révélé que la victime aurait pu utiliser un outil appelé « Safe Zone », qui fait partie d’une série de fonctions de sécurité intégrées à Horizon Worlds. Il s’agit d’une bulle de protection que les utilisateurs peuvent activer lorsqu’ils se sentent menacés. À l’intérieur de cette bulle, personne ne peut les toucher, leur parler ou interagir de quelque manière que ce soit jusqu’à ce qu’ils souhaitent que la zone de sécurité soit levée.

Bien que 75% des fonds marins restent à ce jour inexplorés et méconnus, un engouement sans précédent s’est ainsi déclenché pour conquérir un espace en pixels. Comme le résume Eric Leguay : « Pour comprendre le métavers, lisez « Alice au pays des merveilles », vous entrez dans un autre monde et vous essayer de le contrôler, de le comprendre, et vous apprenez chaque jour. »

Eric Leguay est coach des coachs au Digital campus de Paris

 

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