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La pollution du streaming : faut-il changer nos habitudes ?

En quelques années, l’engouement des consommateurs pour les sites de streaming est devenu massif et général. Mais quel est le coût environnemental de ces nouveaux usages en ligne ? Et si le streaming était le prochain plus gros pollueur du monde ? Dans ce cas-là, qu’est-ce que nous, consommateurs ultra-connectés, pouvons faire pour arranger les choses ?

La dématérialisation de nos pratiques culturelles 

Il va sans dire que le numérique a radicalement transformé nos modes de vie, y compris la façon dont nous consommons des produits culturels. Alors qu’il y a quelques années, détenir un disque était indispensable pour écouter de la musique, aujourd’hui, une simple connexion Internet suffit pour accéder à un site de streaming musical qui délivre un répertoire quasi illimité de titres. La lecture, qui nécessitait l’acquisition d’un livre dans son support papier, a vu l’avènement du ebook, le livre numérique à télécharger et à lire sur petit écran. Quant aux films et aux autres contenus audiovisuels, ils sont loin d’être à l’abri des récentes transformations technologiques qui bousculent l’univers de la culture. Il n’y a qu’à voir l’appétence du public pour les salles de cinéma qui perd progressivement de sa force au profit de celle pour les services de streaming vidéo, dont l’offre ne cesse de croître. Ainsi, avec le numérique, la quasi intégralité de nos objets culturels du quotidien sont accessibles à portée de main, presque instantanément. La culture s’est transformée en un objet immatériel que l’on télécharge ou que l’on « streame », pour le consommer quand et où on le veut.

Des pratiques pas si dématérialisées que ça

Source : tourismedigital.info

Ce passage au tout numérique tend à apaiser notre anxiété écologique, en nous donnant le sentiment illusoire de consommer et de gaspiller moins. Mais aujourd’hui, les études ont montré que si l’empreinte environnementale du numérique était plus ou moins invisible aux yeux du consommateur connecté, elle n’était pas pour autant inexistante et encore moins indolore pour la planète. En effet, d’après le think tank français The Shift Project et le rapport alarmiste qu’ils ont publié en juillet 2019, le numérique serait déjà à l’origine de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que les émissions générées par le secteur de l’aviation civile. Et ce chiffre serait amené à doubler d’ici 2025 du fait de la très forte augmentation de nos usages en ligne. Une « dématérialisation » donc bien relative !

L’impact environnemental du « binge-watching »

Parmi les activités numériques à l’empreinte carbone la plus lourde, la vidéo en ligne se place en haut du palmarès, et particulièrement le streaming vidéo dont la consommation électrique aurait généré pas moins de 102 millions de tonnes de CO2 en 2018, selon le rapport de The Shift Project. Si cette étude a fait l’objet de certaines contestations dès sa publication et son relais dans les médias, notamment par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour qui ces chiffres auraient été largement surestimées, tous s’accordent pour souligner l’insoutenabilité de la croissance du streaming vidéo au vu des enjeux environnementaux actuels. Car c’est surtout le coût énergétique de la consommation de services comme Netflix qui soulève des inquiétudes. Rien qu’en 2019, la firme de Reed Hastings a déclaré avoir eu une consommation électrique s’élevant à 451 000 mégawatt-heure (MWh), ce qui représente une hausse de 84% par rapport à l’année précédente. En effet, comme l’explique The Shift Project, le stockage de vidéo dans des serveurs et son acheminement vers nos écrans est très vorace en énergie. Le « binge-watching », cette activité popularisée par Netflix qui consiste à enchaîner de manière frénétique les épisodes d’une série, s’avère donc particulièrement énergivore. Une réalité que nous, spectateurs connectés, avons tendance à oublier.

Et le streaming musical ?

L’impact environnemental des services de streaming musical comme Spotify, Apple Music ou Deezer n’est pas non plus négligeable. Si le passage au streaming a permis à l’industrie musicale d’une part de se redresser économiquement, et d’autre part de se libérer du plastique, une matière indispensable à la production de disques, il a indéniablement contribué à faire grimper son empreinte carbone. Une étude récente conduite par l’université de Glasgow montre que le streaming musical générerait aujourd’hui entre 200 et 300 millions de kilos de gaz à effet de serre rien qu’aux États-Unis, contre 61 millions à l’âge d’or du CD, au début des années 2000. Le streaming plus écolo que le CD ? Pas certain !

Que doit faire le consommateur connecté ?

L’urgence climatique actuelle nous appelle indéniablement à repenser nos modes de consommation, y compris nos pratiques numériques dont nous connaissons aujourd’hui le vertigineux coût environnemental. Alors comment peut-on réussir à concilier numérique, culture et écologie ? Selon les défenseurs de la « sobriété numérique », un concept introduit en 2008 par Frédéric Bordage, auteur et fondateur de la communauté GreenIT, il nous faut tendre vers un usage plus modéré des technologies et vers une conception plus responsable des services numériques.  Concernant le streaming vidéo, ne pas céder à la tentation de la haute définition en choisissant, quand cela est possible, une résolution plus faible pour visionner un contenu vidéo serait déjà un premier geste utile pour limiter notre empreinte numérique. En effet, selon Green Peace et leur étude sur la pollution numérique, regarder un film en basse définition sur une plateforme de streaming permettrait de consommer 4 à 10 fois moins d’énergie. Il faudrait donc privilégier la lecture de vidéos sur petits écrans car comme l’explique l’ONG, plus l’écran est grand, plus une haute résolution est nécessaire. Il serait également préférable de se connecter à un réseau Wifi pour lire un contenu (vidéo ou audio) plutôt que d’utiliser la 4G, bien plus gourmande en énergie. Enfin, The Shift Project et Green Peace appellent les utilisateurs à ne pas céder à l’ « auto-play », ce mode de lecture automatique défini par les sites de streaming favorisant une consommation effrénée, sans jamais s’arrêter.

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